3e journée : morne, malgré Coty gâteux ou peu s’en faut, Morin accablant, Coste Floret tonitruant. Et le sang, le sang!
Première lettre d’insulte qui m’attend au journal. Anonyme.
Catégorie : mai 1962
Audience baclée – pour moi : au journal, ils ont inventé un appareil pour photos clandestines (dans un bloc à écrire). Un certain Lentz, rédacteur, y est allé avec ma carte deux ou trois fois.
Entendu les habituels couplets sur l’Algérie française (des Le Pen, Frédéric Dupont, etc…). Et Mitterrand, jadis traîné dans la boue par Tixier, aujourd’hui bien accueilli par celui-là : il déposait en chargeant Debré (bazooka).
Coup de fil de Bernard: inquiet pour Danielle et les enfants ; Dante au Diable…
Rien à l’audience aujourd’hui, sauf un aveugle de guerre qui remet un drapeau vert à Salan. Du grand guignol. Debré qui se défend assez bien et un effroyable parachutiste nommé Delarue (il avait justifié la torture – et, ici, il approuve la violence).
Vu TSP et F. Giroud à l’audience. Témoignages de Serge Groussard et du colonel Trinquier qui s’en prend à « un M. P.J. de P.M. qui a écrit des dégueulasseries sur le général Salan » ! Rentré à 20 h en taxi avec TSP et F.G. Pas d’audience demain. On a vu La Malène aussi, pitoyable et le général Dulac, lamentable. Seul Gardon, général de Parquet a été « franc et loyal » comme disait Dominici.
Relâche au procès. Demain plaidoiries, après réquisitoire et verdict.
Des lettre de protestations au journal contre l’article sur Salan (il a porté terriblement).
Discussion politique avec Hourtoulle : la ligne passait entre nous, dure, infranchissable.
Salan sauve sa tête.
Dans la nuit une cohue, des cris, des flashes. Indescriptible. Rencontré Chris avec son équipe dans la cour du . Lui ai dit : « La guerre civile est bien partie ». Rentré, angoissé.
Les titres, l’étonnement, la stupeur générale, l’indignation. Et les mots qui ne veulent rien dire : apaisement ! Dans Paris Presse : « Après le verdict, un plastic dans la nuit ; l’OAS dit merci à la France ».
Fait un papier. Marquet et Thérond le trouvent bon, mais doutent qu’il passera le barrage J.P. Le vieux est très impressionné par le déclin du gaullisme : apaisement, lui aussi !
Revu Sabathier : une figure ravagée, hébétée.
J.P. approuve finalement le papier. Le scandale continue que Jouhaux risque de payer de sa tête. Personne ne comprend ce qui a pu se passer. On m’interroge. Des lâches ? Une transaction ? De toutes façons, le Haut Tribunal militaire a vécu.
Vu à la maison Jean Lallier qui ne se résout pas à aller à Cuba (on le paie en pesos inexportables ; il perdrait de l’argent ici, il n’est plus jeune, il faut qu’il se montre etc…). Vu Gaston dont la mère se meurt. J’aurai un sujet TV à faire.
Coup de fil de Paule Thévenin. Elle veut l’adresse de Dante pour l’inciter à rentrer. Elle est indignée qu’il ne se préoccupe pas de sa famille et que Bernard habite bd de la Bastille, mauvais exemple pour les enfants ! Elle est franchement déplaisante.
Bernard à déjeuner. Parlé de cette intervention. Il est furieux contre cette « brancardière », cette « buse » etc… Verrai Danielle demain.
Orages, pluies.
Vu Sabathier qui m’incite à aller voir sa pythonisse (mercredi)
A 18 h chez Danielle. Stéphane a une angine. Bernard a engueulé au téléphone la Paule et s’est brouillé avec elle. Paule est venue se plaindre à Danielle, etc… Parlé de Dante, du Seuil (je leur réclamerai de l’argent pour lui). Elle paraît assez bien.